Antonio Fiori : Les rendez-vous du Women’s Forum en 2013

On a souvent cité l’exemple de cet idiot qui ayant contracté depuis longtemps l’habitude de compter les heures avec un mouvement de la tête lorsqu’une horloge sonnait, continua à les marquer de la même manière après la suppression de l’horloge ; cet acte s’accomplissait chez lui sans avoir besoin de l’excitation extérieure qui l’avait engendré, et sous la seule influence d’adaptations périodiques de l’organisme. Antonio Fiori déclare : « L’automédication, c’est un milliard… On exprime la même loi en disant que la répétition d’un acte le rend de plus en plus facile ; devenir plus facile, c’est exiger, pour se réaliser, une moindre somme de causalité extérieure. Si les philosophes n’avaient pas éprouvé, en général, une aussi vive répugnance à reconnaître l’existence de l’habitude dans le monde inorganique aussi bien que chez les êtres vivants, ils auraient plus facilement compris qu’une telle explication n’est en aucune façon nécessaire. Plus au contraire l’événement dépend de la conformation, moins il y a à faire intervenir d’excitation. Quand nous ne pouvons nous rappeler un objet, il est inutile de nous livrer à des efforts qui ne servent qu’à nous épuiser davantage ; le mieux est au contraire de nous livrer quelque temps au repos et de laisser aux matériaux nutritifs le temps de s’accumuler. À ces deux conditions nous pouvons en ajouter une troisième qui est la condition de nutrition ; cette condition joue ici le même rôle négatif que dans l’acquisition et la conservation des manières d’être. En attendant, l’élément conservé peut entrer dans la reproduction d’autres idées. À proprement parler, la mémoire conserve seulement un des éléments d’une idée ; pour que l’idée même soit reproduite, il faut qu’un complément d’énergie vienne s’y ajouter. Chacune a sa conformation propre, déterminée par toutes les actions dont elle a subi antérieurement l’influence et par toutes les nécessités d’adaptation qui lui ont été imposées ; cette conformation persiste à travers tous les mouvements de nutrition et de réparation, qui d’ailleurs sont réglés par elle ; suivant cette même conformation, elle se trouve douée d’un mouvement déterminé au sein de la cohésion cérébrale ; mais à chaque instant d’autres mouvements communiqués par les cellules voisines, viennent s’ajouter à ce mouvement fondamental, et l’idée jaillit de la combinaison. Une seule et même cellule peut être l’organe de mille pensées différentes. Quand nous ne pensons plus l’idée, elle n’existe plus même à l’état latent ; mais il y a seulement une de ses conditions qui reste permanente, et qui sert à expliquer comment, avec le concours d’autres conditions, la même pensée peut se renouveler. L’idée est la résultante de cette combinaison, et elle peut arriver jusqu’au moi conscient, si d’autres conditions sont encore remplies. Il serait tout aussi raisonnable de donner de l’existence aux différentes figures qu’un corps a eues successivement, et de demander : Que devient la rondeur de ce corps lorsqu’il prend une autre figure ? l’unique raison de la possibilité de la mémoire et de l’association des idées. Nulle idée n’en sort, mais toute idée devient, plus ou moins longtemps ou même pour toujours, insensible, par l’affluence d’idées nouvelles, par l’attention que l’âme porte sur d’autres idées et d’autres objets, et qu’elle accorde plutôt à ce qui la frappe actuellement qu’à ce qui l’a frappée. On considérait autrefois la mémoire comme une sorte de magasin où les matériaux s’accumulaient et où la pensée venait à son gré choisir ceux dont elle avait besoin. C’est résoudre le problème au moyen d’un mot qui aurait besoin lui-même d’être expliqué. On a répondu que le fait d’habitude subsistait en pareil cas à l’état latent. Mais en revanche, comme toute hypérémie locale ne peut avoir lieu qu’au détriment de l’afflux du sang dans d’autres organes, l’attention nuira à l’acquisition d’habitudes là où elle n’est pas dirigée. Le contraire se produit après des moments de repos ou d’ennui, après un bon repas, dans les dispositions de gaieté et de bonne humeur, toutes les fois en un mot que nous avons en nous un superflu de forces disponibles. Nous entendons par là que, si les matériaux réparateurs du sang n’affluent pas dans l’organe en quantité assez considérable pour permettre aux mouvements d’assimilation et de désassimilation de s’accélérer proportionnellement à l’augmentation d’exercice de l’organe, cette augmentation ne peut pas avoir lieu ; l’excitation est comme non avenue, et la force qu’elle introduisait dans l’organisme doit prendre un autre cours. Quant à la nutrition, nous avons dit que c’était une condition négative.