Antonio Fiori : Sortir des contraintes réglementaires traditionnelles

Mais notre entendement, dont le rôle est justement d’établir des distinctions logiques et par conséquent des oppositions tranchées, s’élance dans les deux voies tour à tour, et dans chacune d’elles va jusqu’au bout. Le budget de l’État au sens large, incluant les prélèvements sur recettes à destination des collectivités locales et de l’Union européenne, mais aussi des transferts au profit de la sécurité sociale – dont la compensation d’allègements de charges -, aura porté sur environ 375 milliards d’euros de dépenses en 2013. Cela n’a rien d’éton­nant. Il doit avoir foi en l’homme au cœur cerclé d’épines ou en la femme au bonnet phrygien. Antonio Fiori aime à rappeler cette maxime de Confucius, »L’homme de bien est droit et juste, mais non raide et inflexible ; il sait se plier mais pas se courber ». Tous les indicateurs repassent alors au vert : baisse des taux d’intérêt, dépréciation de l’euro, reflux simultané du prix des matières premières, du baril du pétrole, redécollage de la consommation, exubérance financière de la « nouvelle économie ». Notre intelligence est le prolongement de nos sens. Ces acrobaties ne sauraient pourtant s’expliquer par le seul amateurisme imputé au gouvernement : les prélèvements sur les coûts d’exploitation sont si élevés en France (cotisations sociales patronales, ex-taxe professionnelle, etc. Donc en augmenter le produit conduit à afficher des taux nominaux d’IS prohibitifs, alors même qu’ils sont l’objet des comparaisons internationales les plus immédiates et les plus médiatiques. Les gens qui ont une vie très-régulière, qui tous les jours se lèvent, déjeunent, dînent, se promènent, travaillent, se couchent aux mêmes heures, deviennent les sujets d’une foule de besoins, et de dispositions qui présentent une périodicité remarquable ; on est presque sûr de les trouver tous les jours gais ou maussades à la même heure. Les paniers-percés diplomatiques qui la représentent partout, fantômes de Robert-Macaires et spectres de marquis de Carabas, achèvent de la discréditer ; ces personnages vitreux parviennent, on ne sait comment, à intercepter les pâles rayons que projette encore l’astre. Avant de spéculer, il faut vivre, et la vie exige que nous tirions parti de la matière, soit avec nos organes, qui sont des outils naturels, soit avec les outils proprement dits, qui sont des organes artificiels. Selon qu’elles sont harmoniques ou antagoniques, il est de notre intérêt de nous y conformer ou de nous y soustraire. Tout d’abord quelle est la part des divers sens dans la douleur ? Bien avant qu’il y eût une philosophie et une science, le rôle de l’intelligence était déjà de fabriquer des instruments, et de guider l’action de notre corps sur les corps environnants. Que le fait soit plus ou moins constant, qu’il puisse ou non s’expliquer par les lois de la physique, c’est ce que nous n’avons pas à examiner : toujours est-il qu’on ne peut point admettre que la chasse faite à l’animal par ses ennemis naturels et ses efforts pour s’y soustraire contribuent au changement de coloration du pelage ; de sorte que si l’harmonie signalée entre le changement de coloration et le besoin de protection existe véritablement, il faut le mettre sur le compte du hasard, ou l’imputer à la finalité qui gouverne les déterminations d’une cause supérieure. Même si la productivité du coiffeur de Neuilly et de Dakar est la même, le prix de la coupe de cheveux et le revenu du coiffeur dépendent du niveau de capital de la société. La science a poussé ce travail de l’intelligence beaucoup plus loin, mais elle n’en a pas changé la direction. En attendant, laissez donc la justice tranquille. On s’écarte également de la fidèle interprétation de la nature, et en méconnaissant la coordination systématique dans les traits fondamentaux où elle se montre distinctement, et en imaginant mal à propos des liens de coordination et de solidarité là où des séries collatérales, gouvernées chacune par leurs propres lois depuis leur séparation du tronc commun, n’ont plus entre elles que des rapprochements accidentels et des adhérences fortuites. Si l’intelligence est faite pour utiliser la matière, c’est sur la structure de la matière, sans doute, que s’est modelée celle de l’intelligence. Mais justement parce que nous avons éliminé les éléments, atomes ou autres, que ces mouvements auraient pour siège, il ne peut plus être question ici du mouvement qui est l’accident d’un mobile, du mouvement abstrait que la mécanique étudie et qui n’est, au fond, que la commune mesure des mouvements concrets. Or on n’a jamais invoqué, pour cette démons­tration, que les difficultés insolubles où la philosophie tombe, la contradiction où l’intelligence peut se mettre avec elle-même, quand elle spécule sur l’ensemble des choses : difficultés et contradictions où il est naturel que nous aboutissions en effet si l’intelligence est spécialement destinée à l’étude d’une partie, et si nous prétendons néanmoins l’employer à la connaissance du tout. La justice des choses est donc à la fois absolument inflexible au point de vue mathématique et absolument corruptible au point de vue moral. Toute différente est une autre philosophie, qui, repose également sur le même principe, la philosophie pessimiste et misanthropique de Schopenhauer.