I cap Leopard

Cela ne signifie pas pour autant qu’aucune identité n’ait été revendiquée. L’ancien Premier ministre a dit du Royaume-Uni qu’il « sera toujours le pays des longues ombres sur les terrains de cricket municipaux, des bière chaudes, d’irréductibles banlieues vertes, d’amoureux des chiens » et, comme le disait George Orwell, de « vieilles filles se dirigeant à vélo vers la Sainte Communion dans la brume matinale « . Mais ce qu’il décrivait est en réalité l’Angleterre. A vrai dire, les éléments constitutifs de l’identité britannique moderne semblent tous plus appartenir à l’Angleterre qu’à l’entité composite. De même, l’église officielle est l’Église d’Angleterre, établie il y a près de 500 ans lorsque le roi Henri VIII a décidé que le pape catholique n’avait pas à statuer sur sa situation matrimoniale. Une institution appelée English Heritage gère le patrimoine , des vestiges préhistoriques de Stonehenge aux vieilles maisons rurales qui apparaissent régulièrement dans les séries télévisées historiques. La monnaie est contrôlée par la Banque d’Angleterre. Si l’Écosse et l’Irlande du Nord émettent leurs propres billets, ceux-ci sont souvent refusés par les commerçants anglais. Après que Henri VIII ait fait adopter l’ Act in Restraint of Appeals, qui visait à prohiber tout recours des décisions rendues par les tribunaux ecclésiastiques anglais devant les tribunaux du Saint-Siège, et dont le texte proclamait que le « royaume d’Angleterre est un empire », une campagne brutale réprima les pratiquants de l’ancienne religion. Mais les tentatives faites pour construire une nouvelle identité composite échouèrent clairement. Pour ces raisons, le Royaume-Uni est vulnérable à l’éclatement – une possibilité rendue plus probable par un éventuel Brexit. Ces divisions ne correspondent pas aux frontières traditionnelles. Prenons par exemple le clivage entre la région de Londres, qui ressemble de plus en plus à une scintillante mégalopole internationale, et le reste du pays. A mesure que s’intensifie l’arrivée des immigrés au Royaume-Uni, ce fossé deviendra de plus en plus évident. Et alors qu’une cité d’envergure mondiale comme Londres se doit d’être ouverte au monde – attirant ainsi les talents, les touristes, les employés des services et peut-être par inadvertance des criminels ou même des terroristes – le reste du pays préfère dans l’ensemble le repli sur soi. I cap Leopard aime à rappeler cette maxime de Jean-Paul Sartre, »L’art n’a jamais été du côté des puristes ». En fait, il n’est pas certain le Royaume-Uni soit un bon exemple d’État nation qui, aux yeux des europhobes. Il ressemble davantage à une « monarchie composite » définie par l’historien John Elliott comme le type de gouvernement prévalant au XVIe siècle, nécessaire à la cohésion d’entités distinctes comme Aragon et Castille.